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Réflexion sur le « grand passage »


Réflexion sur le « grand passage »
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Ces derniers temps, des personnes qui me sont très chères sont décédées. Pour faire du sens de la mort, de leur mort, j’ai senti le besoin de suivre des pistes de réflexion et je suis tombée sur celle-ci.  L’auteure  s’appelle Eliane Angus. Je ne la connais pas, mais je la remercie pour sa grande générosité.

Le Passage

La mort. Un mot qui nous terrifie, mais une réalité à laquelle nous devons tous faire face. Dans le monde dans lequel nous vivons, nous sommes très peu confrontés à la mort, on en entend parler à la télévision, elle est aseptisée dans les salons funéraires. Mais qui a tenu dans ses bras un mourant? Qui a senti la vie quitter un corps? Dans d’autres pays, il en est tout autrement, les gens côtoient la mort quotidiennement et la considèrent comme une réalité de la vie. Pour eux la mort est pénible mais ils l’acceptent quand même plus facilement que nous.

Quand j’étais plus jeune, j’ai lu des livres sur la vie après la mort, et je croyais n’avoir plus peur de cette dernière. Quelques années plus tard j’ai découvert Élizabeth Kübler-Ross et son travail auprès des mourants. La mort n’évoquait plus pour moi une ombre mais une lumière. Pourtant, quand j’ai reçu le diagnostic de cancer, j’ai paniqué: j’ai vu le spectre de la mort, et j’ai réalisé que ma peur était toujours là. Pourquoi?

Après beaucoup de réflexion j’ai compris que cette peur de la mort contenait beaucoup d’autres émotions: la culpabilité de causer du chagrin à mes proches, de les abandonner, la déception de n’avoir pas accompli tout ce que j’aurais voulu accomplir, la peur de souffrir, la tristesse de ne pas connaître mes futurs petits-enfants…

La mort est mieux acceptée quand elle met un terme à de longues et cruelles souffrances. Il est terrible de voir quelqu’un qu’on aime souffrir sans rien pouvoir faire. La mort devient alors une délivrance. C’est ainsi que j’ai vécu la mort de ma mère, comme une délivrance pour elle et pour ses enfants.

Beaucoup plus cruelle nous apparait la mort qui frappe sans prévenir, surtout des êtres jeunes et en pleine santé. Si la mort d’une personne âgée est acceptable et inéluctable, il en est tout autrement quand elle frappe une personne jeune, un enfant… On éprouve alors un terrible sentiment d’injustice, de colère, de révolte. On ne comprend pas. On pensait tout contrôler dans sa vie, mais on réalise que ce n’est pas le cas… Il faut donc reconnaître que la Mort comme telle n’est pas quelque chose d’objectif, parfois c’est bien, parfois c’est abominable.

Ce qui est le plus difficile dans un deuil, c’est la perte, l’idée qu’on ne reverra plus une personne qu’on aimait beaucoup. Parfois je me dis: si ma fille s’en va vivre à l’autre bout du monde et que je ne la revois plus, ma peine sera-t-elle aussi grande que si elle meurt? Assurément non. Et pourtant la perte sera la même. Si elle est au bout du monde, je ne sais pas si ce qu’elle vit est agréable, il se peut qu’elle souffre beaucoup. Mais elle est vivante! N’est-ce pas une attitude égoïste? On préfère que nos êtres chers souffrent et les savoir toujours près de nous, ou espérer les revoir un jour. On s’imagine que la mort est une chose cruelle, alors que les personnes décédées doivent certainement être plus heureuses là où elles se trouvent! En fait on ne pense pas tant à eux qu’à nous, à notre peine.
On devrait se réjouir pour les défunts. Rappelez-vous les paroles de cette chanson de Jacques Brel:

J’veux qu’on rit, j’veux qu’on danse, j’veux qu’on s’amuse comme des fous
J’veux qu’on rit, j’veux qu’on danse, quand c’est qu’on m’mettra dans l’trou

Qu’est-ce qui est le plus difficile, être confronté à sa propre mort ou à celle d’un être cher? Pour moi la réponse est claire: je préfère de beaucoup être confrontée à ma propre mort. Je réalise que les peurs de mes proches peuvent me faire du tort en minant ma confiance, mais c’est quand même moi qui prend en main ma vie et ma guérison. Personne ne peut le faire à ma place.

Tous les livres traitant de spiritualité affirment que la mort est un outil de transformation. C’est souvent lorsque nous sommes condamnés que l’on réalise qu’on ne vivait pas pleinement, et qu’on s’autorise enfin à le faire. Certaines personnes tirent un enseignement de leur épreuve et en sortent grandis. Ainsi la maladie peut être un puissant agent de transformation et d’éveil. Même si la maladie se conclut par la mort, il s’est opéré un éveil, une réelle transformation. Ces gens-là ont guéri leur âme avant de mourir.

Mourir avant de mourir, ça veut dire être prêt à lâcher prise à tout moment, sortir des scénarios du passé qu’on a tendance à répéter indéfiniment.

On nous dit aussi de vivre comme si cette journée était la dernière, en étant conscient que l’on peut mourir n’importe quand. Pas dans un état de peur, mais dans un état d’intensité! Voir, sentir, toucher, ressentir, en un mot devnir conscient, cesser de vivre comme un automate! Penser à sa propre mort, ce n’est pas avoir un esprit morbide, c’est toucher la Vie!

Pleureuses, cessez de vous morfondre! De l’autre côté du miroir, la mort reluit de ses dix milles splendeurs…

On parle souvent de la mort comme d’un passage. On dit aussi que la mort n’existe pas, puisque la Vie continue après d’une autre façon. Notre vie ne serait en fait qu’une illusion, c’est comme si on vivait dans un rêve sans s’en rendre compte, et quand on meurt on se réveille et on se rend compte que ce n’était qu’un rêve. La grande question est: qu’est-ce qui arrive après? On lit et entend tant de choses! Et chaque religion croit posséder l’exclusivité du paradis, chacune selon sa culture évidemment. Je crois que ce qui est le plus important, c’est de mourir en paix avec soi-même et avec les autres. Mourir dans un état de lâcher-prise, d’abandon. Sans peur. Ce qui arrivera après sera en fonction de nos émotions et de nos croyances. Dans le Livre des Morts Tibétain, on dit que l’âme du défunt doit affronter des démons qui correspondent à ses peurs. S’il prend conscience de cela, les monstres disparaissent. C’est comme quand on fait un cauchemar: si on réalise qu’on est en train de rêver, la peur disparait et le monstre devient inoffensif.

Il est certain que la mort doit paraître plus difficile pour quelqu’un qui croit que tout s’arrête, qu’il n’y a plus rien après. Mais ce néant est-il plus terrifiant que l’idée de l’enfer et des flammes éternelles? Dans son travail d’accompagnement auprès des mourants, le dr. Élizabeth Kübler-Ross a réalisé que ceux-ci avaient besoin de bien davantage que des médicaments pour atténuer la douleur. Les mourants font peur, on les fuit comme des pestiférés. Pourtant ils ont réellement besoin de compassion, de présence attentive, d’écoute. Ils n’ont pas besoin de sentir nos peurs et notre chagrin. C’est pourquoi ce sont des bénévoles qui souvent assurent l’accompagnement aux mourants dans les centres de soins palliatifs. Marie de Hennezel, psychologue dans un tel centre, a écrit un très beau livre sur ses expériences avec les mourants (voir références au bas de la page).

Christine Longaker dirige depuis de nombreuses années des séminaires de formation à l’accompagnment des mourants. Elle affirme que faire face à la mort s’avère pour certains un aventure touchante, inspirante… un cadeau pour la vie. Voici selon elle les quatres tâches de la vie:

Comprendre et transformer la souffrance

Créer un lien, guérir les relations et lâcher-prise

Se préparer spitituellement à la mort

Trouver un sens à la vie
La mort est un sujet très complexe sur lequel on pourrait disserter longtemps. On peut la voir comme un phénomène naturel et indispensable de la vie, ou on peut la voir comme une monstruosité. Cela me rappelle les paroles de Bohemian Rapsody: le jeune homme sait qu’il va mourir, et il passe par toutes sortes d’émotions: le regret, la peur, la révolte, et finalement le lâcher-prise.

Nothing really matters, anyone can see
Nothing reauly matters, nothing really matters to me…
Anyway the wind blows.
(Plus rien ne m’importe, comme vous pouvez le voir, plus rien n’a d’importance pour moi… De toute façon le vent continue de souffler.)

Une autre chanson dont les paroles m’émeuvent beaucoup est « Si Dieu existe », de Claude Dubois:

Personne, il n’y a plus personne
Mon âme qui s’affole, en prenant son envol
Me laisse inanimé

Personne, j’ai besoin de personne
Mon être dégringole, tous mes sens m’abandonnent
Je n’sais pas si j’ai peur

Je regarde d’en haut le corps de mon esprit
Mon visage à l’envers, tout petit tout petit

Si Dieu existe et qu’il t’aime comme tu aimes les oiseaux
Comme un fou comme un ange
Tu peux enfin marcher sur les étoiles, aspiré
Comme un fou comme un ange

Technique du dernier souffle
Tu expires comme si c’était ta dernière expiration.
Il te faut porter toute ton attention sur le petit espace entre cette expiration et l’inspiration suivante.
Ce tout petit espace est une porte sur l’autre monde. C’est la porte de l’éternel présent.

Je crois qu’il ne faut pas se cacher la tête dans le sable et refuser de penser à la mort. Il faut au contraire y penser très sérieusement, même si on est en parfaite santé. Si vous êtes prêts à entamer une réflexion plus approfondie sur la mort, voici quelques livres qui vous aideront:

LA MORT EST UN NOUVEAU SOLEIL, Élizabeth Kübler-Ross, éditions du Rocher
LA MORT, Élizabeth Kübler-Ross, éditions Québec Amérique
LA MORT INTIME, Marie de Hennezel, éd. Pocket
LE LIVRE TIBÉTAIN DE LA VIE ET DE LA MORT, Sogyal Rimpoché, Éd. de la Table Ronde
LA VIE APRÈS LA VIE, Raymond Moody, Éd. Laffont
LA SOURCE NOIRE, Patrick Van Eersel, Livre de poche